Roberto et Lou ont le même âge, un parcours un peu similaire. Ils sont nés pendant la révolution culturelle, leurs parents ont été gardes rouges, ont eu une enfance un peu privilégiée parce qu’issus de famille paysanne, ont grandi en ville. Leurs parents ont rapidement profité de la libéralisation économique prônée par Monsieur Deng Xiao Ping et pu leur financer des études supérieures. Ils ont choisi le français "par calcul" pour anticiper sur l’arrivée des touristes. Tous les deux, n’ont qu’un enfant d’une quinzaine d’années. Une fille pour Roberto, un garçon pour Lou. Même s’ils n’ont pas l’autorisation, Roberto et sa femme envisage un second enfant l’année prochaine.Tous les deux s’expriment facilement dans un très bon français. Seul Lou a voyagé en Europe. Il est venu plusieurs fois en France, à Paris, Marseille, Lyon ou Bordeaux pour des congrès touristiques. Roberto attend d’avoir assez de jours de congés… au moins un mois ! pour venir en France. Il veut y louer une voiture pour découvrir à son rythme. Petit précision. Il a "acheté" son permis il y a une dizaine d’années et n’a jamais conduit…
Mais Lou et Roberto expriment le même malaise. Ils ont connu la dictature, les privations, ont été élevés dans le respect des traditions et ont maintenant une vie aisée, ont accès à tous les biens de consommation, aux outils modernes de communication, sont propriétaires de "grands" appartements (100m²).
Au quotidien, ils se sentent "coincés" entre des parents qui ne comprennent pas la Chine d’aujourd’hui, continuent souvent à voir en Mao Tsé Toung le grand bienfaiteur de la Chine moderne et des enfants qui ne comprennent pas leurs grands-parents… Les premiers condamnent la frénésie de consommation de leurs petits enfants, leur refus des traditions, leur occidentalisation… les seconds ne comprennent ni la façon de penser, ni la façon d’être de leurs grands-parents…
L’un comme l’autre affichent même un certain pessimisme… conscients que seule une infime minorité de la population chinoise profite de l’essor économique et accède à la société de consommation. Pour Roberto, tôt ou tard, les paysans vont se révolter… "çà se passe toujours comme çà en Chine…"